Pourquoi je n’ai pas craché

Il venait tout juste d’arriver. Mon petit « kit à crachat », juste pour moi. Remplir de salive, mettre à la poste… et attendre. Attendre que la compagnie 23 and me procède aux analyses, puis que mon ordinateur me révèle la nature profonde des chromosomes dont je suis tricotée. Une belle séquence de G, de A, de T et de C, dont l’agencement précis allait me dévoiler une mine d’informations, de ma vulnérabilité à diverses fatalités comme l’Alzheimer au type de cire qui s’accumule dans mes oreilles.

Mais je n’ai pas craché. J’ai tremblé, eu du mal à respirer, presque pleuré… Drama queen, je l’ai toujours été, mais très rarement l’émotivité a-t-elle eu le dessus sur ma curiosité. Pourtant, elle était tellement forte, cette envie de plonger dans la mécanique qui anime chacune de mes cellules. Pas celles de Pascal, pas celles de Véronique, pas celles de Binh An, pas celles de Thomas: mes cellules. Mon métabolisme, mon fardeau génétique, mon type de cire d’oreilles…

Je n’ai pas craché, comme l’ont découvert les téléspectateurs de la 100e émission du Code Chastenay, diffusée cette semaine. L’émission est enregistrée depuis déjà un bon moment, et ça m’a fait tout drôle de replonger dans ces tourments. J’ai même un peu de mal à me comprendre moi-même. Tout ça peut sembler tellement abstrait quand on n’y est pas directement confronté… Ma réaction initiale, quand j’ai appris que je faisais partie des heureux élus dont on décrypterait une partie du code génétique a été un très spontané YOUPPI!!!

Puis, comme je l’ai dit en ondes, une expression qui figurait dans le document explicatif s’est incrustée dans mon esprit: IRREVOCABLE KNOWLEDGE. Ce qu’on apprend grâce à ces tests, on ne peut pas le « désapprendre » ensuite. On vit avec.

Dans la plupart des cas, on ne parle que de vulnérabilité, de susceptibilité: un risque 0,3% plus élevé que la moyenne de développer tel ou tel type de maladie, je peux très bien vivre avec. Mais apprendre que je suis porteuse d’une double copie de l’allèle 4 du gène de l’apolipoprotéine E (APOE4, de son petit nom), presque une condamnation à développer la maladie d’Alzheimer ? Je ne peux veux pas vivre avec. Je choisis donc l’ignorance, qui, elle, reste « révocable ».

Je n’aurais pas assez d’une vie pour comprendre la mécanique cellulaire en général. Pas nécessairement celle de mes cellules, dont la signature génétique confère son identité unique à mon moi-même, mais celle de « les » cellules, en général, dont, finalement, j’ignore à peu près tout. Mon insatiable curiosité ne devrait donc pas trop souffrir de ce non-crachat.

En ravalant ma salive, je n’ai pas seulement fermé les yeux sur mon métabolisme, mon fardeau génétique, mon type de cire d’oreilles, mais aussi sur ceux de mes enfants. Je suis pourtant à peu près certaine qu’ils découvriront un jour ces secrets de famille intimes, tapis dans les tréfonds de nos chromosomes respectifs. Mais que ce jour-là, la science saura véritablement interpréter cet amas de données brutes (pour l’instant, la vaste majorité des résultats ressemblent à une grosse soupe aux lettres d’alphabet ne formant aucun mot intelligible). Et surtout, qu’elle fournira aussi les outils pour qu’aucune de ces informations ne soit une condamnation. 

Pourquoi douleur est un nom féminin

C’est juste pas juste. Alors que nous, XX, sommes constamment confrontées à la douleur (enfantement, règles et autres grands drââââmes infââââmes de fââââmmes), nous serions moins bien armées que les XY pour y faire face.

À cause de qu’est-ce? À cause de la testostérone! Eh oui, comble de l’inégalité des sexes, la testostérone serait un formidable anti-douleur. Dès la préhistoire, cette hormone aurait protégé les valeureux chasseurs des grandes douleurs. Mais le bouclier testostéronique n’aurait été d’aucune utilité pour madame, qui cueillait des petits fruits pendant que monsieur chassait le mammouth.

Et ce ne sont pas là que de vagues spéculations évolutionnistes: les études d’Isabelle Gaumond, de l’Université du Québec en Abitibi Témiscamingue, réalisées en collaboration avec l’Université de Sherbrooke, en témoignent: contrairement à ce que porte à croire la grippe d’homme lorsqu’elle frappe, le seuil de la douleur est plus bas chez la femelle que chez le mâle. Pour en arriver à ces conclusions, elle a soumis des rats à des expériences douloureuses, leur injectant du formol dilué dans la patte arrière.

Les mâles présentaient significativement moins de réponses nociceptives que les femelles. « Nociceptives », c’est un mot un petit peu pointu pour désigner la douleur chez l’animal (la douleur étant une expérience subjective qui doit être verbalisée, on n’a pas le droit de dire que les rats ont mal; on « constate qu’ils ont des réponses nociceptives »). Par exemple, après l’injection de formol dans la patte, une réponse nociceptive de stade 0 correspond à l’absence de réaction. Au stade 1, les orteils de l’animal touchent le sol mais il retire sa plante de pied; au stade 2, il soulève sa papatte, et au stade 3, il la lèche et la mordille…

Tout ça pour dire que, lorsque vient le temps de justifier la petite nature des rats femelle, c’est la testostérone qu’on soupçonne. Parce qu’une fois gonadectomisés (l’autre mot savant du jour), les mâles ont les mêmes réponses nociceptives que les femelles.

Mais, à quelques exceptions près, l’homme n’est pas un rat. Isabelle Gaumond et ses collègues veulent donc maintenant savoir si les femmes souffrent vraiment plus que les hommes. Pour éluder l’aspect forcément subjectif de cette grave question, elle recrutera les seuls cobayes capables d’expérimenter la douleur femelle ET la douleur mâle: des transsexuels. Plus précisément, des femmes souhaitant devenir hommes. Elles pourront donc, après qu’on leur ait administré la testostérone indispensable à leur grande métamorphose, témoigner du pouvoir analgésique de cette hormone.

Restera ensuite à évaluer, en laboratoire, lesquels sont les plus plaignards.

La guêpe et la sauterelle, ou la cruauté enseignée aux enfants

C’est une histoire triste.

L’histoire d’un petit garçon qui découvre la loi de la jungle sur un trottoir de béton.

On attend l’autobus tous les deux. Il se fait une amie sauterelle. L’aime tellement d’amour qu’il la blesse un peu. Elle a la patte de moins en moins sautillante. Ou peut-être fait-elle semblant, dans l’espoir qu’Arthur s’intéresse à une mouche, à un ver de terre, à une coccinelle, à n’importe quoi d’autre qu’à elle.

Arrive une guêpe, qui comme toutes les %?$#?@! de guêpes, nous tourne autour, avec son mouvement oscillatoire caractéristique, gauche-droite-gauche-droite, je cherche quelque chose, gauche-droite-gauche-droite, mais je ne sais pas quoi, gauche-droite-gauche-droite, non, je ne vais pas m’en aller, gauche-droite-gauche-droite…

Mais soudain la guêpe se désintéresse de nous. C’est louche.

La sauterelle. C’est la sauterelle qui l’intéresse. Une proie à la vulnérabilité exacerbée par l’amour d’Arthur…

Il l’a compris juste avant qu’elle ne fonce sur son amie. Il a essayé de la chasser. A crié « non »! A éclaté en sanglots pendant que la salope s’accrochait au pauvre insecte à peine frémissant…

On s’est éloignés tous les deux. Il pleurait de vraies larmes de peine. Je le serrais fort dans mes bras.

La vie n'est pas un Conte pour tous... (photo: Alain Labat, 2006)

« Je veux retourner voir mon amie, même si elle se fait attaquer ». On s’est approchés de la sauterelle au moment où la guêpe rebroussait chemin, d’un vol lourd qu’on aurait pu croire résigné.

Le sourire d’Arthur quand il a dit: « elle bouge encore »!!!

Son désarroi quand il a enchaîné: « mais la guêpe lui a découpé la tête »!!!

On l’a regardée s’éloigner, visiblement désorientée, chargée de son odieux butin.

La tristesse qui a suivi se raconte mal. Que dire à un enfant qui pleure la décapitation de son amie sauterelle et la tient bien serrée dans sa petite main « pour plus que personne lui fasse mal »?

Parce qu’elle n’est pas morte, répétait-il sans trop y croire, elle a juste la tête découpée…

Molécules de nanoparticules de boue

« Les molécules qui détruisent le cancer ». Depuis le temps qu’on les attendait! Ce n’était pas trop tôt…

Dommage d’avoir gaspillé autant d’argent pour vaincre le cancer quand la réponse se trouvait au marché Maisonneuve…

Toutes ces coûteuses chaires de recherches…

Et surtout, tous ces oncologues traqueurs de tumeurs…

À quoi consacreront-ils leurs énergies désormais?

La madame me l’a bien dit après m’avoir fait déguster son huile d’olive: « le petit piquant que vous sentez dans la gorge… c’est les molécules qui détruisent le cancer. »

Gargarisons nous gaiement!!!

Si elle n’avait pas dit « molécules », mon esprit scientifique aurait eu des doutes.

Mais quand on emploie le mot « molécule », c’est qu’on sait de quoi on parle.

C’est sérieux, une molécule!

En tant que journaliste scientifique très crédible et pas du tout crédule, quand on dit « molécule », j’écoute.

Et aussi quand on dit « aspirateur cyclonique », « sèche-cheveux ionique » ou « brosse à dents ultrasonique ».

Blogue à la dérive

C’est ordinaire, hein?

Ne rien écrire pendant… presque trois mois. Assez bof pour un blogue.

Mais pour être fidèle à l’esprit de cet espace virtuel, à l’absolue zéro gravité qui devrait y régner, je ne vais pas faire de mea culpa.

Ni même me justifier, genre « j’étais tellement total trop occupée, je n’ai pas vu le temps filer, parce que le temps, c’est relatif, Einstein nous l’a bien démontré, ça rétrécit dans le lavage quotidien de la vie… »

Non.

Rien de tout ça. Simplement dire aux trois internautes qui sont toujours là (oui, je parle de toi, toi et toi – les stats en témoignent, vous êtes toujours là): merci de cette trop touchante fidélité.

Et je trouverai un jour un autre prétexte pour jaser relativité.

Je vous quitte à nouveau, pour mieux vous revenir. Dans moins de trois mois.

Dieu est parmi nous

(Trop gros pour ne pas en parler, même si le temps me manque…)

Il lui a fallu non pas 7 jours, ni même 7 ans, mais plus d’une dizaine d’années pour y arriver.

Pour créer la vie de toutes pièces, une base à la fois.

En fait, Craig Venter avait déjà réussi à assembler un génome artificiel, genre de tricotage de A, de C, de G, et de T, les 4 maillons essentiels de l’ADN qu’on retrouve au coeur de chaque cellule.

Restait à voir si ces gènes assemblés de toutes pièces étaient fonctionnels.

Ils le sont.

Le « programme », lorsqu’inséré dans une bactérie, a fait ce qu’on attendait de lui. La bactérie Mycoplasma capricolum synthétise des protéines et peut même se reproduire grâce à son chromosome artificiel.

La vie, made in labo…

Pour en savoir plus